D'amitié, d'amour et d'affection : des dévotes grenobloises à »La Précieuse« de l'abbé de Pure

Dennequin, Marjorie

»L 'amitié est le plus dangereux amour de tous«, avertissait François de Sales dans son »Introduction à la vie dévote«. Définissant l'amitié comme »un amour mutuel« allant de pair avec la communication, considérée comme son »solide fondement«, le saint genevois invitait ses »Philothées« à la prudence. Or, les dames de la congrégation de la Purification de Grenoble, fidèles lectrices de François de Sales, excluent le risque et préfèrent resserrer les liens de parenté naturelle et légitime en y ajoutant le sentiment. Elles se regroupent tous les samedis afin de pratiquer leurs dévotions à l'égard de la Vierge en prenant place selon leur ordre d'arrivée et non selon la hiérarchie sociale. Réunies en un corps, l'amitié qu'elles partagent se situe sur le long terme et dure au-delà de la mort. Le mémoire historique qu'elles ont laissé à la postérité témoigne de cette ›solidarité‹ féminine, du »saint et cordial amour« qui les unit et invite l'historien à constater que l'amitié féminine au XVIIe siècle est loin d'être inexistante. À l'instar des précieuses, les dames de la Purification se regroupent dans les ruelles puis dans leur chapelle. Le vocabulaire du »corps«, de la »troupe« et de l'»amitié« qui les unit est donc commun aux deux groupes. Il y a certainement plus qu'une coïncidence: il y a identité. Les précieuses de l'abbé de Pure sont des Philothées, en l'occurrence des congréganistes de la Purification et »La Précieuse« de l'abbé de Pure – ouvrage sur lequel se fonde Molière pour ses pièces – est une de ces dames. Le livre de René Le Pays intitulé »Amitiez, Amours et Amourettes« se situe dans cette lignée. Non seulement le livre mentionne certaines dames de la Purification, mais il doit se lire à la lumière des écrits de François de Sales. Il se peut que la préciosité soit aussi une expression de la spiritualité telle que la conçoit le saint genevois pour ses »Philothées«, autrement dit une satire de l'humanisme dévot dont il est un des meilleurs représentants. L'amitié spirituelle des dames rejoint celle professée par le saint.

»Freundschaft ist die gefährlichste Liebe von allen«, warnte Franz von Sales in seiner »Introduction à la vie dévote«. Bei seiner Definition von Freundschaft als »gegenseitige Liebe«, die mit Kommunikation als ihr »festes Fundament« einhergeht, forderte der Genfer Heilige seine »Philothées« zur Vorsicht auf. Die Schwestern der Congrégation de la Purification aus Grenoble sind zwar treue Leserinnen Franz von Sales', ziehen aber das Risiko nicht in Betracht und bevorzugen es, die natürlichen und legitimen Verwandtschaftsbeziehungen enger zu gestalten, indem sie Gefühle hinzufügen. Sie versammeln sich jeden Samstag, um gemeinsam die Jungfrau Maria zu verehren; dabei nehmen sie ihre Plätze entsprechend der Reihenfolge ihrer Ankunft und nicht gemäß der sozialen Hierarchie ein. Da sie in einer Körperschaft vereint sind, ist die Freundschaft, die sie verbindet, dauerhaft und geht über den Tod hinaus. Das historische Gedächtnis, das sie der Nachwelt überliefert haben, zeugt von dieser weiblichen ›Solidarität‹, von der »heiligen und herzlichen Liebe«, die sie vereint, und gibt dem/der Historiker/in Anlass, das Vorkommen weiblicher Freundschaft im 17. Jahrhundert zu erkennen. Nach dem Vorbild der précieuses versammeln sich die Schwestern der Congrégation de la Purification zu Hause und dann in ihrer Kapelle. Das Vokabular des corps, der troupe und der amitié, die sie vereint, ist beiden Gruppen gemeinsam. Dies ist sicher mehr als ein Zufall: Es handelt sich um Identität. Die précieuses des abbé de Pure sind Philothées, und zwar Damen der Congrégation de la Purification; und »La Précieuse« des abbé de Pure – das Werk, auf das sich Molière für seine Stücke bezieht – ist eine dieser Damen. Das Buch von René Le Pays mit dem Titel »Amitiez, Amours et Amourettes« steht auch in dieser Tradition. Nicht allein, dass das Buch einige Damen der Congrégation de la Purification nennt, sondern es muss im Lichte der Schriften Franz von Sales' gelesen werden. Es ist nicht auszuschließen, dass die préciosité ein Ausdruck für die Spiritualität ist, so wie sie der Genfer Heilige für seine »Philothées« konzipiert. In anderen Worten wäre die préciosité eine Satire auf den devoten Humanismus, für den er einer der besten Vertreter ist. Die spirituelle Freundschaft der Damen schließt sich an diejenige an, zu der sich der Heilige bekennt.

Logo

Discussions : Colloquia and Conferences of the German Historic Institute Paris and its Affiliates

Download

Access Statistic

Total:
Downloads:
Abtractviews:
Last 12 Month:
Downloads:
Abtractviews:

open graphic

Rights

Use and reproduction:

Export